L'enfer du mélancolique est celui d'une souffrance vécue comme un point de tension, une inquiétude dans l'âme que rien ne semble apaiser. Elle est comme une atmosphère qui baigne tout, un fluide infernal qui pénètre au plus profond de l'être. Mais cette souffrance du mélancolique par laquelle il connaît l'enfer est-elle pour autant un enfer éternel ? N'a-t-elle pas un autre versant qui serait tourné vers la vie dans ce qu'elle a de plus essentiel?

Le mélancolique constate amèrement cette tension qui l'habite, ce feu de l'enfer qui le brûle et le prive de tout apaisement, de tout rafraîchissement. Et cette constatation porte l'élément douloureux jusqu'au point le plus sensible. Il subit le joug infernal de sa mélancolie comme s'il était impuissant à l'emporter dans cette lutte entre la pesanteur de la mort et la légèreté de la vie, c'est-à-dire entre ses deux désirs contraires : l'un cherchant à réaliser une ascension de l'être, et l'autre tourné vers les gouffres de la mort et de la douleur. Or l'enfer du mélancolique réside dans une puissance destructrice qui semble toujours l'emporter sans qu'il y puisse quelque chose. Tout se passe comme si sa propre possibilité d'exister lui était ôtée, le condamnant ainsi au vide et à l'absurde, autrement dit au désespoir, véritable concrétisation de l'enfer …
























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